La norme ISO 45001 Décortiquée: partie 1

by Audrey Van den Bempt
La norme ISO 45001 Décortiquée: partie 1

Entretien avec Karin Vanden Berghe, Senior Management Consultant chez C9 international

Publiée en mars 2018, la norme relative aux systèmes de management de la sécurité ISO 45001 remplace l’ancienne norme OHSAS 18001. La nouvelle norme pose les exigences d’un système de management qui permet à une organisation de maîtriser ses risques en matière de bien-être et de sécurité et d’améliorer ses performances. Nous avons demandé à Karin Vanden Berghe, Senior Management Consultant chez C9 International et formatrice chez Kluwer Formations, de nous expliquer les principaux éléments de base et nouveautés.

Quels sont, selon vous, les éléments clés de la norme ISO 45001 ?

KVB : « Les principes de base restent identiques à ceux des anciennes normes, à savoir proposer un système de management qui apporte à une entreprise de la structure et un cadre sur lequel s’appuyer. La mise en place de cette structure doit satisfaire à certaines exigences qui pourront ensuite être contrôlées. Une possibilité de contrôle qui, à son tour, permet de continuer à imposer une politique ferme de la sécurité. Cela se reflète également dans le ‘cercle Plan-Do-Check-Act’ un important principe de management dans lequel un schéma défini sert de fil rouge, à savoir la planification des activités principales, la mise en œuvre, la vérification de la mise en œuvre correcte ou non des actions, l’élaboration de points d’amélioration, le contrôle de ces mesures et le retour à l’étape de planification ».

« La certification reste également une valeur importante. Un certificat est et sera toujours un instrument primordial pour montrer au monde extérieur que vous travaillez de manière sûre et qualitative. Cela s’applique aussi à d’autres systèmes de management, comme le VCA (VeiligheidsChecklist voor Aannemers) dans le secteur de la construction. En interne, un certificat contribue à faire converger tous les esprits dans la même direction en matière de sécurité, de qualité et d’environnement/de durabilité. En l’absence d’un système de management, ces éléments de base sont souvent insuffisamment respectés sous la pression du temps ou parce que la charge de travail est excessive ».

« Pour la plupart des entreprises qui mettent un système de management en œuvre, la certification est un peu la cerise sur le gâteau de l’ensemble de la chaîne de processus. À l’inverse, il se peut également que certaines entreprises désirent d’abord mettre en place la structure et le système systématique nécessaires à l’amélioration des performances, mais attendent que la certification soit vraiment nécessaire pour l’obtenir, par exemple pour participer à des procédures d’appel d’offres ou lorsque cela s’avère important pour un client ».

Et quelles sont les principales nouveautés ?

KVB : « Dans le cadre du remplacement de la norme OHSAS 18001 par la norme ISO 45001, la première nouveauté importante est l’attention accrue portée à l’amélioration des performances de sécurité, à la réduction des risques et à une meilleure utilisation des opportunités sur le plan de la sécurité. L’accent est également mis sur une plus grande sensibilisation des clients internes et externes. Les organisations peuvent ainsi insister encore plus sur le fait qu’elles travaillent de manière sûre, qualitative et durable ».

« Dans le cadre de cette nouveauté, nous observons que différentes plateformes (45001, 14001, 9001…) se superposent. Les normes sont révisées tous les 15 ans en moyenne. Il serait logique qu’elles fusionnent encore davantage ».

« Une autre nouveauté importante de la norme ISO 45001 est le volume de dix chapitres pour chaque utilisateur, alors que la norme OHSAS 18001 n’en proposait que quatre et la norme ISO 9001 huit. Les exigences spécifiques à la norme commencent au chapitre 4. À partir de là, l’utilisateur doit tenir compte d’informations très spécifiques, à savoir les exigences du système de management que la norme impose, la partie planification pour le système de management (chapitres 4, 5 et 6), la mise en œuvre de la production, des processus ou de leurs services et le support de ceux-ci (chapitres 7 et 8) et enfin l’évaluation des performances, la prise de mesures et l’amélioration continue (chapitres 9 et 10). La boucle (PDCA) du système de management est ainsi bouclée ».

Quels sont, selon vous, les principaux avantages de la norme ISO 45001 ?

KVB : « À mes yeux, l’un des principaux avantages est l’opportunité pour les entreprises de renforcer leur méthode de travail lean ainsi que les liens entre leur système de management de la sécurité et d’autres aspects de leur gestion d’entreprise. C’est possible grâce à de nouvelles informations très bien documentées. Les entreprises qui utilisent toujours un ancien système de management (par exemple la norme ISO 9000 de 1994) peuvent sans problème faire l’impasse sur les 20 chapitres de cette norme et ne garder que les instructions qui les concernent ».

« Deuxièmement, l’ensemble de la norme de système de management est porté à un niveau supérieur grâce à une nouvelle structure appelée ‘High Level Structure’ (HLS). Il s’agit d’une structure sur laquelle reposent toutes les nouvelles versions des normes ISO, ce qui permet de rendre la norme ISO 45001 parfaitement intégrable aux systèmes ISO existants. Cela implique aussi que les directions sont désormais responsables de l’efficacité du système de management. Concrètement, la direction doit donc satisfaire à certains critères en ce qui concerne l’implication, mettre des moyens à disposition, soutenir les fonctions et accepter une plus grande responsabilité. Qui plus est, toutes les directions feront l’objet d’un audit externe. Cela n’était pas toujours le cas autrefois. Désormais, elles devront apporter la preuve de leur implication et de leurs lignes de communication ».

« Le troisième avantage que je perçois est le rôle accru de la réflexion stratégique et de la ‘risk based thinking’ (réflexion basée sur les risques) dans le cadre de la nouvelle norme. Quels sont les risques encourus par l’organisation ? Où se trouvent les opportunités ? Quelle est la base présente pour construire un système de management ? Grâce à cet accent particulier sur la stratégie (et notamment à une réflexion préalable sur les produits, les marchés et les risques inhérents), il est possible de mieux faire coïncider les objectifs de sécurité avec l’orientation stratégique que l’on souhaite prendre, de manière à éviter les contradictions. Par la suite, cela permet aussi une meilleure surveillance ».

« Enfin, je voudrais aussi souligner que l’orientation résultats constitue une force. L’adoption d’un système de management de la sécurité (et les piles de paperasse qui en découlent) n’est plus un but en soi. L’organisation est désormais jugée sur les résultats obtenus grâce à cette approche. Car en fin de compte, l’important est d’adopter un comportement sain et sûr, de sensibiliser et de motiver davantage toutes les parties prenantes ».

Comment pensez-vous que la mise en place et l’introduction d’un système de management de la sécurité évolueront dans le futur ?

KVB : « Mes nombreuses années d’expérience en tant que business excellence manager, responsable de la qualité et consultante m’autorisent à relever plusieurs points d’attention ».

« Tout d’abord, je vois naître une tendance à gérer plus consciemment les risques et dangers en ce qui concerne la sécurité à l’intérieur et à l’extérieur des locaux de l’entreprise, tant chez les collaborateurs internes que chez les sous-traitants et les clients. En conséquence, le lien se renforce entre la sécurité et la qualité d’une part, la durabilité et l’environnement d’autre part. Les conseillers en prévention, les coordinateurs environnementaux et les responsables de la qualité jouent et continueront à jouer un rôle important dans la sensibilisation de leurs collègues à ce qu’est un travail sûr, respectueux de l’environnement et qualitatif pour eux-mêmes, leur famille et leurs clients internes et externes. Trop d’entreprises sont encore confrontées aujourd’hui à de graves accidents du travail (impliquant malheureusement parfois des décès) ou à des collaborateurs victimes de graves maladies en raison de l’exposition à des substances cancérigènes ou dangereuses. Ces cas ont un impact énorme sur l’environnement (familial) direct des victimes ».

« Dirk Gyzels, responsable du service de prévention au sein de l’entreprise portuaire anversoise Inovyn et élu conseiller en prévention de l’année 2019, l’a parfaitement formulé dans une interview récente (en neérlandais) sur www.sentral.be : nous devons faire entrer la sécurité dans la mentalité des travailleurs et des clients. Les efforts déployés en vue de créer un lieu de travail sûr doivent entrer dans les mentalités et donc faire partie intégrante du comportement de tous. Chacun donnera ainsi la priorité à la sécurité sur la base de ses convictions personnelles, sans aucune contrainte (‘Je veux’ plutôt que ‘je dois’). Je ne pourrais pas mieux le formuler ».

« Je prends souvent l’exemple du port d’un uniforme, d’un casque et de gants (ignifuges) sur les chantiers de construction. Par manque d’expérience, les jeunes travailleurs sont généralement peu convaincus de l’intérêt de ces vêtements de travail de protection. Leur attitude est donc laxiste. Réussir à les convaincre des avantages de la sécurité au travail et à les faire modifier leur comportement constitue déjà un pas dans la bonne direction ».

« Ma deuxième observation va dans le même sens. Une politique interne de sécurité qui fonctionne bien constitue la pierre angulaire d’un lieu de travail sûr. Cette politique ne sera efficace que si les mesures sont soutenues et correctement mises en pratique par tous les collaborateurs, y compris la haute direction. Un leadership fort et visible, ainsi que des collaborateurs impliqués à tous les niveaux, peuvent donner une orientation à cette approche ».

« C’est ici que le principe du management par l’exemple entre en ligne de compte. Chaque collaborateur, mais aussi et surtout les responsables, le management et/ou la direction, doivent montrer le bon exemple. Je pense par exemple au port de vêtements de travail de protection ou aux directives d’accès à un site pour les personnes non autorisées. Les collègues non autorisés (travaillant par exemple au département vente) doivent pouvoir être interpellés s’ils sont présents sans autorisation dans des espaces ou halls de production dont l’accès leur est interdit ou s’ils y pénètrent sans porter les EPI obligatoires ».

« Ceci me permet d’arriver à ma troisième observation, relative au signalement des situations dangereuses au travail. Lorsque nous adoptons une attitude vigilante et signalons les situations dangereuses ou peu sûres au sein d’une organisation, nous mettons notre pierre à l’édifice d’une meilleure santé et d’une sécurité accrue pour nous-mêmes et pour nos collègues et clients. Au sein de l’entreprise, il ne faut pas craindre d’être considéré comme un délateur, avec le risque de devoir subir par la suite des représailles ou du harcèlement. Les cow-boys et autres aventuriers qui ne respectent pas les règles internes en matière de sécurité s’excluront à terme eux-mêmes de l’organisation. Chaque travailleur doit devenir un ambassadeur qui promeut avec fierté une culture d’entreprise sûre et durable ».

Avez-vous un dernier message pour conclure cette interview ?

KVB : « En guise de conclusion, j’invite les entreprises qui ont déjà mis en œuvre plusieurs normes ou qui voudraient le faire, à ne pas maintenir différents systèmes de management, mais à les intégrer à l’avenir dans un système de management unique englobant les différents éléments importants. Sachant qu’à l’heure actuelle, plus de 70 % des directives sont parallèles dans les diverses normes, une approche uniforme et simplifiée serait plus que bienvenue. De plus, la sécurité, la durabilité et l’environnement sont étroitement liés. À défaut d’une approche sûre des substances dangereuses, par exemple, il ne peut y avoir d’approche qualitative ou durable, et inversement ».

Merci pour cet entretien !

KVB : « Avec plaisir ».

Biografie

Karin Vanden Berghe est senior consultant et responsable du business unit Systèmes de management de la qualité, de l’environnement et de la sécurité chez Cloud Nine International depuis 2011. « Being on cloud nine means that you are on top of the world, that you have no worries ». Pour ce faire, Karin peut s’appuyer sur des expériences professionnelles variées en tant que Business Excellence manager chez BD, consultante chez SGS, Field Evaluator Raw Materials chez Levi Strauss et responsable de la qualité chez Annabel textiles. Partager toutes ces expériences est source de motivation pour Karin.

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